Dernière époque (suite)

 

                                        

 

  L

e train cheminait à présent vers Vendargues. Installé dans le wagon des troisièmes classes, Auguste, arrière-petit-fils d’un aïeul dont il ignorait tout, méditait. De cette ignorance, d’ailleurs, comment aurait-il pu en être autrement ? Entre le décès de Louis fils et sa propre naissance, un demi-siècle s’était écoulé. À peine savait-il que son grand-père avait suivi son frère aîné, quittant tous deux, dans leur jeune temps, la commune d’Aspiran où ils étaient nés. Arrivés à Vendargues dans les années 1840, ils se firent cultivateurs chez l’un et l’autre des propriétaires du lieu ; et encore, Auguste ne se souvenait de cette anecdote que parce que Louis Aurélien Mourgues s’était assis à son côté sur un banc du quai de la gare de Montpellier, un jour d’avril 1915.

 

 

            Louis Aurélien Mourgues devait avoir dépassé ses quarante ans, songea Auguste, car il appartenait à un régiment territorial. Pour être précis, le 122e régiment d’infanterie territoriale basé à Montpellier. Ce régiment servait à la défense du littoral, à la surveillance des voies, aux transports du matériel et des munitions aux premières lignes et à la fabrication des chevaux de frises et des caillebotis ; il aménageait les routes et les voies d’accès à l’arrière des lignes et accessoirement il escortait les prisonniers. Lors de la discussion, Louis Aurélien Mourgues tint à préciser que sur sa demande, depuis mars 1915 il s’incorporait au 121e régiment d’infanterie territoriale dont le casernement se situait à Béziers. Ce 121e régiment était composé de trois bataillons : le premier et le deuxième accomplissaient leur mission au Maroc alors que le troisième, ayant reçu une instruction poussée, devenait un bataillon de campagne ; d’ailleurs, il appuya des régiments combattants dès décembre 1914. Louis Aurélien, arrière-petit-fils d’Elizabeth – devenue au début du XIXe siècle madame Debreu – allait renforcer ce troisième bataillon de combat. Son instruction était achevée et avant son départ il s’en retournait au Pouget pour donner les consignes à son domestique, Louis Hébrard, mais surtout pour serrer fort dans ses bras son épouse Marie Bernard et ses filles Blanche et Louise. Son rôle, toute l’année 1915, lui commanda d’assurer la défense du secteur de la Somme puis celui de Dunkerque, avant que son bataillon ne fût dissous en janvier 1916. Louis Aurélien rejoignit alors le 73e régiment d’infanterie territoriale pour tenir le même rôle de défenseur du même secteur de Dunkerque auquel s’adjoignit celui de cheminot pour effectuer la remise en état des voies ferrées de la zone. Une activité nécessaire certes, mais pour Louis Aurélien, si près des ennemis, la tentation d’en découdre se faisait pressante. C’est alors qu’il apprit que le 27e régiment d’infanterie territoriale, en campagne dans la Marne, dans le secteur de Prosnes, avait subi une terrible attaque le trente et un janvier 1917 et que les pertes s’élevaient à six cent cinquante hommes. Son désir fut donc de rallier ce 27e régiment et il obtint satisfaction le vingt et un septembre 1917, mais cette intégration fut de courte durée car le commandement militaire démantela ce 27e régiment territorial. Le quatre octobre 1917, Louis Aurélien rejoignit donc le 5e régiment d’infanterie territoriale dans le secteur de Reims où il remit en état les chemins et les boyaux de la zone jusqu’à la dissolution de ce régiment en août 1918. Louis Aurélien termina son périple guerrier au 81e régiment d’infanterie – pour le coup, un vrai régiment combattant – avec quatre citations à l’ordre de l’armée ; celles-ci permettraient de distinguer le 81e régiment par l’attribution de la fourragère jaune, la plus élevée des distinctions étant la fourragère rouge, correspondant à la légion d’honneur. Lorsque Louis Aurélien le rallia, ce régiment, qui casernait à Montpellier, refoulait avec succès les Teutons hors de nos frontières. Ainsi, bien que les stratèges ne lui donnassent pas l’opportunité du geste héroïque retentissant, Louis Aurélien Mourgues servit la patrie jusqu’au deux janvier 1919. Il fêta son quarante-septième anniversaire trois mois plus tard avec les trois femmes de sa maison et son fidèle domestique.

De la conversation tenue un jour d’avril 1915 sur un banc de la gare de Montpellier avec Louis Aurélien, une question remontait du subconscient d’Auguste : quelle raison poussa un jour son grand-père Jean Antoine et son grand-oncle Louis à partir d’Aspiran, pour finir dans une situation comparable à celle qu’ils auraient sans doute vécue dans leur village d’origine ? Ce grand-père, tout comme ce grand-oncle, Auguste ne les avait pas connus ; pourtant, Auguste savait qu’ils s’étaient démenés pour posséder en propre quelques ares de terre, mais des acquisitions trop réduites pour qu’elles les dispensent d’être journaliers dans des domaines d’importance. Cependant, quand on est travailleur de la terre, rien n’importe tant que d’en acquérir un peu, de cette terre, même une infime parcelle, ouvrant une perspective d’espoir : puisque un premier achat a été réalisé, rien n’empêche que d’autres suivent. Auguste baignait depuis sa naissance, le vingt-cinq janvier 1888, dans cette idée que la terre est un capital de survie et qu’il vaut la peine de s’acharner au travail pour en être possesseur, puis ne pas plaindre sa sueur pour la valoriser. La parenthèse guerrière retardait la réalisation de sa modeste ambition. Elle serait pour d’autres jeunes paysans vigoureux un arrêt brutal et définitif. Joseph, son aîné de deux ans, subit du destin son ironie morbide, la mitraille le faucha le quatorze mars 1915, trois jours avant qu’il ne fêtât son vingt-neuvième anniversaire. Sa femme, Élise Vilcourt, avait confectionné, pour ce premier anniversaire qu’ils ne fêteraient pas ensemble, le paquet-poste au poids réglementaire. Il contenait le renouvellement du trousseau : des chaussettes, un tricot, un cache-nez, des gants, le tout tricoté par elle en pensant à lui toutes ces longues soirées ; puis du tabac, puis du vin de Vendargues dans un bidon en fer-blanc ; puis une petite lettre aux mots doux, « fais attention à toi mon amour, je t’aime, reviens-moi vite », qu’accompagnaient les dessins de ses petites filles : Marie-Louise, cinq ans et Margueritte, trois ans. Le colis lui reviendrait au bout de quelques semaines, affichant la mention : « destinataire décédé, retour à l’envoyeur ».

        Auguste se souvenait du fameux samedi premier août 1914. Les cloches de l’église sonnèrent le tocsin à toute volée, très longtemps. Les habitants de Vendargues n’imaginaient pas que cette alarme sonore ne les avertît d’un autre évènement que de la mobilisation. À l’école primaire laïque, obligatoire et gratuite qu’Auguste fréquenta jusqu’à son douzième anniversaire, il avait appris qu’un jour le peuple français devrait prendre sa revanche sur les hordes prussiennes et germaniques de 1870. Sa revanche sur les humiliantes défaites de toute une série de batailles, sur les capitulations honteuses des vieilles badernes décorées qui dirigeaient les troupes. Sa revanche, enfin, sur les conditions épouvantables du traité de paix de Francfort du dix mai 1871 où la France, outre la perte de l’Alsace et une partie de la Lorraine, se voyait rançonnée de cinq milliards de franc-or – mille cinq cent tonnes d’or – avec l’occupation d’une partie pays et l’entretien des troupes occupantes jusqu’au paiement du dernier franc de la rançon qui intervint en fin d’année 1873. Auguste se rappelait du visage de la France, sur la grande carte derrière le bureau du maître, juste au-dessus de lui, de sorte qu’en regardant le maître les enfants regardaient aussi la France. Sur le côté est de la carte, le maître avait fixé un drapeau tricolore, avec de petits clous il avait arrimé l’étoffe d’une façon telle qu’elle masquait totalement, par des plis laborieux, les provinces arrachées. Cela donnait à penser aux élèves que la patrie n’abandonnait pas ses enfants à un autre drapeau.

            Auguste, son aîné Joseph et son cadet Marius appartenaient à ces générations qui, outre la lecture, l’écriture et le maniement des chiffres, le tout enseigné sans bourse déliée, furent conditionnées pour reconquérir les provinces perdues. Le service militaire, en bout d’apprentissage, sublimait cette idée en l’ancrant dans le tréfonds de la pensée des futurs combattants. Marius ne profita pas de la dernière partie du programme, car à vouloir dénicher les oiseaux sur des arbres très grands quand on est trop petit, il advint un rappel brutal de la dure loi de la gravité. Une chute, un bassin qui se rompt côté droit et se ressoude approximativement, engendrant une claudication ad vitam aeternam. Le désavantage, Marius le ressentit pour ses vingt ans, au bal des conscrits de 1910 : aucune jeune fille n’osa se ridiculiser devant ses amies en dansant avec un éclopé. Or, cet accident de la vie le sauva d’une mort quasi certaine, car à deux reprises la commission spéciale militaire le réforma – en septembre 1914 puis en mars 1917 – au titre du cas numéro deux : malformations congénitales ou acquises. Des os déformés, l’acquis de sa turbulente jeunesse.

            Il était très tard quand Joseph rentra chez lui, ce samedi premier août 1914. L’irrésistible tocsin, dès quatre heures de l’après-midi, l’avait appelé à se diriger au cœur du village chercher quelques informations. Venant des vignes, il trouva devant son logement (une maison sise avenue de Baillargues), Auguste et Marius qui déjà l’attendaient. Ces derniers logeaient chez leurs parents, la même avenue dans une maison proche. Les visages graves des deux frères, plus qu’un long discours, dévoilaient la réalité de ce tocsin qui inlassablement perdurait. En quelques pas, ils rejoignirent à la Croix de mission le flux des hommes de tous les âges qui, tel un défilé désordonné, remontait la rue du général Berthézène – que d’ailleurs personne ne nommait ainsi, se contentant de lui attribuer le titre simple de Grande-Rue ; pourtant, au bout de celle-ci, lorsqu’on se dirige vers la place principale, nul ne manque de voir la grande maison de deux étages, la seule maison à deux niveaux de Vendargues, du général Pierre de Berthézène, baron d’Empire, pair de France, qui, lorsque la patrie fut déclarée en danger à l’époque de la Révolution, se porta volontaire pour la défendre avec l’ardeur de ses dix-huit ans.

            Les cloches tintaient à toute volée, mais elles ne dérangeaient plus personne. Elles passaient au deuxième plan, juste un bruit de fond ; prémonitoires, elles cadençaient les futures marches et les assauts menés au pas de course et dans les mains, Rosalie la vengeresse baïonnette prête à pourfendre. La place ayant une légère déclivité, il convenait de redresser la tête pour apprécier la mairie-école et l’église Saint-Théodorit à son côté. Pour l’heure, cette place paraissait bien étroite pour accueillir la multitude. « L’affiche est placardée sur la porte ! » Quelques mots lancés à l’intention des nouveaux arrivants ; alors, se frayant un chemin, les trois frères s’avancèrent jusqu’à la grille d’entrée ouverte, puis empruntèrent l’un des deux escaliers qui de part et d’autre conduisaient à la plateforme devant la porte principale où effectivement, l’ordre de mobilisation générale, imprimé de longue date et qui n’attendait plus que la fin de phrase laissée en blanc se remplît de la mention manuscrite, « dimanche deux août 1914 », était exposé. Le message était bref, il signifiait à tous les hommes qu’ils se devaient d’obéir aux prescriptions prévues par leur fascicule de mobilisation, précisément les pages de couleur placées dans le livret.

       Le lendemain dimanche et les jours qui suivirent, la gare de Vendargues ne désemplit pas. Les mobilisés, accompagnés de leur femme ou fiancée, de leurs enfants ou parents, respectaient les consignes et regagnaient leur unité. C’était bien là leur seule certitude, car la guerre, malgré les projections qu’ils en faisaient, elle apparaissait comme une inconnue, une terra incognita d’affrontements. Certes, la quasi-totalité des futurs combattants avait participé à l’une de ces grandes manœuvres, mais que valaient celles-ci par rapport aux vrais combats ? Une esquisse ne révèle rien de l’aboutissement de l’œuvre.


 

        Le mardi quatre août, Joseph coiffa son calot. Depuis la veille, la valise chargée de l’indispensable attendait. Il fallait partir car le train à coup sûr respecterait son horaire et il devait, selon son fascicule, rejoindre son unité dans les trois jours suivants l’ordre de mobilisation ; il ne s’agissait pas d’imiter le tumultueux cousin Jean-Louis Bonnefoi et son goût de la désertion. Ainsi, le mercredi cinq août, Joseph arriva à Rodez pour répondre présent à l’appel du 122e régiment d’infanterie. Il ne se doutait pas qu’à peine franchie la porte de la caserne il devrait, avec son barda, faire le voyage en sens inverse : Rodez, Albi, Carcassonne, Montpellier … Mais à partir de là, hors de question pour Joseph de prendre sa correspondance habituelle pour revoir son clocher, son régiment dut prolonger le voyage : Valence, Lyon, Dijon et terminus Mirecourt, au nord-ouest d’Épinal. Devant les populations enthousiastes, le régiment se rassembla au cantonnement prévu pour lui non loin de là, avant de se mettre en marche vers Lunéville. Pour l’essentiel, les éléments du 122e étaient originaires du Languedoc et de naissance savaient supporter les excès des chaleurs estivales et par leur formation militaire de fantassin, cette marche d’une cinquantaine de kilomètres ne les effrayait pas ; pourtant, le climat méditerranéen, en cette saison, leur semblait être plus supportable que ce climat continental de l’est de la France. Au soir de la première étape après une demi-journée de marche, les hommes tombèrent en masse. Le lendemain, rude épreuve sous un soleil de plomb, les hommes saisis par l’atmosphère étouffante cheminèrent toute la journée, ils arrivèrent à Brémoncourt les muscles endoloris, les pieds blessés et puis sales, fatigués, le moral éprouvé. Qu’elles étaient loin, les grandes manœuvres flamboyantes, pour peu, effectuées en tenue d’apparat ! Le troisième jour, avant la grosse chaleur, ils abordèrent Lunéville où les habitants furent heureux de leur offrir des vivres, du vin, de la bière mais, malgré ce bon accueil, le son de la canonnade les ramenait à la réalité crue de leur venue ; et pour ceux qui doutaient de l’imminence des combats, les cartouches qu’ils touchèrent levèrent les dernières illusions.

            Au vrai, la 2e armée (dont dépendait le 16e corps, qui lui-même englobait le 122e régiment d’infanterie et sa couverture, le 56e régiment d’artillerie de campagne basé à Montpellier, ce dernier incorporant Auguste en novembre 1914 sous les ordres du général de Castelnau) et la 1re armée sous les ordres du général Dubail avaient déclenché, le quatorze août 1914, une offensive générale sur le front lorrain, en gros un arc de cercle reliant Nancy, Lunéville, Saint-Dié et Belfort, la 2e armée se situant au nord de cet arc, la 1re armée au sud. Cette attaque rectifia l’arc de cercle, qui passait, autour du vingt, vingt et un août, par Morhange, Dieuze et Sarrebourg. Les stratèges germaniques s’obligèrent à réagir rapidement. D’abord, ils continrent les deux armées françaises, puis ils jugèrent que leur point faible se situait à leur point de contact, au-dessous de Lunéville. Ils provoquèrent la contre-attaque à ce niveau : ce fut la fameuse trouée de Charmes des vingt-trois et vingt-quatre août. Les Allemands faillirent réussir le contournement de la 2e armée pour la prendre à revers tout en repoussant la 1re armée au sud ; cependant, les troupes ennemies, par cette avancée, s’exposèrent à être prises en tenaille par un sursaut de vaillance des armées françaises, d’autant que si Lunéville ne pouvait être gardée au risque de tout perdre, Nancy devait servir de point d’ancrage pour une défense victorieuse appuyée au sud par la 1re armée, qui résista aux attaques en tenant ses positions. La ténacité, le courage des soldats des deux armées furent récompensés car les Allemands battirent en retraite. Début septembre, les combattants des deux bords revinrent aux places qu’ils occupaient début août ; dans les deux camps, en l’espace d’une quinzaine de jours, il se dénombra un nombre effroyable de tués et de blessés, six, sept, huit mille éléments hors de combat, qui le sait ? Jusqu’à la fin de la guerre, le terrain lorrain-vosgien ne supporterait plus de grandes offensives générales ; ici, la guerre de position perdura avec son lot de morts à l’ennemi. Les stratèges élaborèrent des plans d’attaque ambitieux avec force hommes de troupes plus au nord. D’ailleurs, après cette rude bataille, le 122e alla renforcer un secteur au nord de Lille, dans le plein pays flamingant : Poelkapelle, Zillebecke, Hollenbeke.

            Les premières victimes de la guerre qu’observèrent Joseph et ses camarades furent des chevaux. Joseph se désola de les voir figés dans des rictus qui dénonçaient la peur dans laquelle on les avait fait vivre et mourir. Il se souvint, alors qu’il marchait sous le feu de l’artillerie, de ses puissants collègues de travail qui lui ouvraient la terre tandis qu’il s’occupait de bien la charruer, il se mit à regretter l’odeur du cheval à l’effort et même l’odeur du crottin de cheval. À la fin de la journée, sous une chaleur oppressante, Joseph, n’avait pas vu un seul Allemand vivant. La grande bataille était prévue le lendemain, jour de l’Assomption, mais pour la préparer rien de consistant ne remplissait la gamelle des braves.

            Le quinze août, il pleuvait d’ondée et d’orage ; le seize et le dix-sept aussi ; le 122e s’avança surtout parce que les Allemands lâchaient du terrain et reculaient sans offrir une grande résistance. Joseph découvrit dans sa marche en avant des forêts denses, infranchissables, où il repéra des traces de sangliers, puis des prairies et aussi, son crève-cœur, des champs de culture qui pourrissaient, ravagés et détruits. Ce manque de respect pour la terre où un paysan s’était usé par son labeur le choquait. Le changement de tactique ennemie eut lieu le mardi dix-huit. La reculade teutonne prit fin et une lutte acharnée au fusil alors s’engagea entre les adversaires. Plus de cinq cent français morts, blessés ou disparus. Le lendemain, le soleil revint pour éclairer un combat ayant redoublé d’intensité, la panique troubla les lignes françaises à ce point qu’il advint même que deux régiments se tirèrent dessus au summum de la confusion. La lutte s’engagea au point que le régiment de réserve renforça avant que prévu le 122e. C’est sans doute ces jours-là que Joseph s’habitua à voir tomber des copains près de lui sans s’émouvoir : il avait passé un cap. L’indifférence prenait le dessus, seule importait sa propre survie dans l’accomplissement des ordres stratégiques. La tactique vécue à la base, Joseph ne la comprenait plus. La fusillade en aveugle dans la fumée obstruant la vision ; la pluie d’obus provenant plus d’une fois de son propre camp ; la débandade et l’éparpillement ; les retrouvailles malgré tout, mais chaque fois moins nombreux ; la recherche d’une direction à la boussole, regroupés à l’abri illusoire d’une forêt ; vouloir avancer et reculer ; puis reculer encore ; la fatigue et le découragement, mais tenir même épuisé jusqu’à tant que des troupes fraîches arrivent en renfort ; redonner, malgré les embuscades et les massacres subis, un regain de vaillance et repartir avec une gaieté jugée en d’autres temps malsaine, celle de sentir la souffrance des hommes de ces hordes barbares ; alors, l’envie d’en découdre toute entière recouvrée, après avoir espéré dans le désespoir la mort libératrice de cet enfer ; la volonté d’être cruel, s’acharner par abus de Rosalie, la tranchante amie, sur des presque enfants dont l’ultime cri d’agonie n’est qu’un murmure : « maman » !

            Joseph se demandait quelle force inconnue l’avait maintenu en vie ces dix derniers jours. En permanence sur le qui-vive, sans sommeil ni repos, une nourriture sommaire et puis, entre assauts et replis, creuser des tranchées dans cette terre lourde de pluie. Depuis une éternité, il avait quitté son Vendargues pour plonger dans la sauvagerie, la dévastation, les incendies, Lunéville en flammes et ses habitants, si accueillants, ruinés et en pleurs ; puis, pourrissant au gré des pluies et des rayons de soleil, ici, là, partout, des cadavres. Quand il eut un peu de repos, Joseph rédigea une courte lettre occultant l’horreur : à quoi bon effrayer l’être aimé ?

 

            « À ma chère épouse,

 

            Ma situation actuelle est à présent bien meilleure qu’il y a peu. Nous avons hardiment repoussé l’attaque des Boches. Ils se tiennent maintenant à carreau dans leurs lignes. De là où nous sommes nous les bombardons d’obus pour les obliger à sortir de leurs trous pour les mitrailler tant qu’on peut. Dans nos discussions, personne ne pense qu’il se commettra ici en Lorraine de grandes offensives. L’hiver approche et déjà nous supportons les pluies d’automne. Lorsque tu recevras cette lettre, les nouvelles vous seront parvenues des décès de Vendarguois. Au cantonnement, j’ai appris par des gars du régiment marseillais du 141e d’infanterie que les frères Reybaud François et Julien ont été tués à Dieuze, tous les deux le vingt août, le premier jour de la contre-attaque boche. Ils sont un peu de mes cousins, leur père Auguste Reybaud et ma mère Marguerite Reybaud sont cousins germains et, de plus, de la même classe puisque nés tous deux en 1866. Je pense que ces cousins doivent être les premières victimes du village, de cette guerre qui à mon avis va être très longue. Il y avait aussi d’autres gars d’autres régiments, dont ceux du 58e d’infanterie d’Avignon et je me suis souvenu que Joseph Malavieille appartenait à ce régiment. Bien sûr tu garderas ça pour toi, ces camarades m’ont dit qu’il était considéré disparu, espérons qu’il a été fait prisonnier… ».

 

            Joseph Malavieille, jardinier natif de Vendargues, fut déclaré mort le vingt-cinq août 1914 par jugement du tribunal de Montpellier en date du six août 1920.

 

            « …Selon un bruit qui court, il se pourrait que notre régiment aille renforcer nos armées au nord du pays du côté de Lille pour dissuader les Boches de s’employer à une manœuvre de débordement en leur opposant, face à eux, un grand nombre de troupes pour faire un bloc continu jusqu’à la mer du Nord. Ma chère Élise, tu en sais maintenant autant que moi, tu embrasseras très fort Marie-Louise et Marguerite. Sois tranquille, je reviendrai. »

 

            Ce qu’ignorait Joseph, c’est que l’État-Major français imaginait aussi une offensive de débordement avec les troupes alliées belges conduites par le roi Albert en personne et les troupes alliées britanniques. Cette bataille des Flandres, appelée par la suite « la course à la mer », dirigée côté allié par le général Foch, commença début octobre pour s’estomper à la mi-novembre. Afin d’arrêter les Allemands, il fut employé la même méthode qu’utilisèrent en leur temps les Hollandais pour bloquer la marche victorieuse de Louis XIV, l’inondation : ouvrir les écluses de Nieuport qui alimentent en eau les canaux de la région. Jamais en un lieu si réduit ne se constaterait autant la mondialisation du conflit ; les poilus de toutes les provinces coudoyaient le goumier du Sahara, le zouave d’Afrique du nord, le tirailleur d’Afrique noire, le sikh indien barbu et enturbanné, le surprenant écossais aux jambes nues… Joseph découvrit aussi que certains provinciaux s’exprimaient exclusivement dans leur idiome, alors que lui, depuis son jeune âge, s’appliquait à gommer son particularisme lingual.

 

                                   « À ma chère épouse,

 

                        Les ordres ont été donnés, nous avons quitté la Lorraine. Le treize octobre ce fut l’embarquement à Toul. Il nous fallut cinq jours pleins pour arriver à Compiègne. Là, nous nous reposâmes lundi et mardi, avant de repartir direction Saint-Omer où nous débarquâmes le vingt-six octobre. De cet endroit, par autobus, nous rejoignîmes Ypres en Belgique. Il semble que le monde entier se soit donné rendez-vous pour se massacrer des pires manières, même avec l’eau des canaux, parce que les écluses ont été ouvertes, ce qui fait que nous pataugeons dans l’eau froide en continuant la guerre. Ce qui nous console, c’est que l’ennemi, en plus, prend la canonnade de nos bateaux s’il s’approche des dunes.

            « Il se raconte ici des choses inouïes : pour montrer l’exemple de la bravoure à sa division qui s’activait dans la vallée de l’Yser, le général Paul-François Grossetti s’est fait amener quelques chaises et, tout exposé aux feux nourris, impassible, dicta les ordres et s’entretint avec ses officiers ! Pendant une demi-heure, l’inébranlable Corse donna une leçon de flegme aux Anglais qui n’en revenaient pas !

            «  Il faut bien l’avouer, nous passâmes très près de la défaite. Il y eut un moment où le général Moussy, pour arrêter une des nombreuses attaques, mobilisa le service auxiliaire et, avec des cuisiniers, des bourreliers, des forgerons, il colmata un front incertain. Enfin, après des mêlées confuses où les adversaires finissaient le combat au couteau, les lignes, en cette fin novembre sont stabilisées. Nous espérons tous autant que nous sommes que de sitôt il n’y aura pas de grands mouvements d’attaque. Les pertes sont sévères et il importe d’enterrer les camarades, puis on aimerait se retaper et revoir nos foyers.

            « J’ai reçu une lettre d’Auguste. Elle m’attendait au cantonnement depuis quelques jours, il me fait savoir que le sept novembre 1914 il a pris son service à Perpignan comme infirmier. Son unité de soin est selon lui à la pointe de la médecine, elle possède un équipement exceptionnel en appareils à rayons X de la dernière modernité, il m’a expliqué qu’une fois « radiographié » (c’est son mot) le médecin voyait à l’intérieur du corps les os cassés, les éclats d’obus, alors l’opération devient facile : une dose de chloroforme pour anéantir la douleur et sans risque il te réparait… ».

 

            Les rayons X avaient été découverts à la fin du XIXe siècle par un physicien, il faut l’avouer, germanique : Röntgen. Cela lui valut son prix Nobel. La technique, mal maîtrisée à ses débuts, provoqua, par la radioactivité du rayon, des cancers, inévitable rançon au progrès – auquel toujours il faut payer un lourd tribut. Cependant, à force d’améliorations, la radiographie devint l’outil indispensable, utilisé principalement dans les hôpitaux. il revint à Marie Curie, prix Nobel de physique puis de chimie, de l’en sortir pour équiper les unités militaires mobiles de soins, baptisées « les petites Curie ». Elles iraient au plus près des champs de bataille et Marie Curie, accompagnée de sa fille Irène, constata par elle-même l’efficacité de sa création humanitaire en se déplaçant sur le front pour vérifier son bon fonctionnement.

 

            « … Quand je ferai réponse à la lettre d’Auguste, j’ai bien peur de lui ficher un coup au moral. Joseph Fraissinet, du 53e d’infanterie de Perpignan, est tombé le cinq novembre à Saint-Éloi. Il était comme Auguste de la classe huit et tous les deux avaient fait leur jeunesse ensemble, cela compte. Voilà encore un Vendargois emporté. Les gars de mon groupe sont certains que je passerai au travers parce que je suis le plus petit en taille et lorsqu’on sort de nos tranchées pour un assaut, je me fais plus petit encore, un vrai rase-motte ! Comme ça, ils ne m’auront pas, et je vous reviendrais. »

 

            La course à la mer s’achevait. Elle n’avait pas désigné de vainqueur probant, sauf que les morts ne se décomptaient plus tant le nombre, des dizaines de milliers, horrifiait et les conditions de leur trépas étaient si monstrueuses qu’elles firent franchir le cap de l’inhumanité, l’inacceptable devint l’ordinaire de vie.

            La guerre de position s’installa aussi dans les Flandres pour un temps incertain mais, l’orage se calmant ici éclata du côté de Reims dès la mi-février 1915. Le 122e d’infanterie de Rodez se dirigeait donc vers la Champagne pour soutenir les camarades et être à pied d’œuvre début mars. Joseph, viticulteur dans le civil, quittait l’enfer du Nord sans regrets et, optimiste dans l’âme, se promettait lors d’une accalmie de percer les secrets des collègues champenois passés maîtres dans l’art de choyer le petit arbre de Bacchus pour en extraire le meilleur des nectars.

            Le secteur où Joseph devait vivre ses derniers instants se situait à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Reims. Avant la déferlante belliqueuse, en ces lieux, théâtres réguliers des ravages des vaines conquêtes du passé – le moulin de Valmy n’est pas très loin – palpitaient les cœurs de quatre villages, sur une ligne droite, d’ouest en est, bornant chaque kilomètre : Souain, Perthes-lès-Hurlus, le Mesnil-lès-Hurlus et Minaucourt. Les communautés qui les animaient se composaient d’une vingtaine de feux pour chacun, pas plus. À cinq cents mètres au nord de Minaucourt, le hameau de Beauséjour, composé d’une seule ferme, bordait le ruisseau du Marson, au juste un filet d’eau. Deux monticules à son nord abritaient Beauséjour : côté ouest la butte du Mesnil et côté est une butte sans nom, où une bâtisse se prétendait fortin de Beauséjour. Pour se représenter la topographie de cet endroit réduit, Joseph eût pu dire ce mot courant dans la bouche des Vendarguois : « un terrain plat comme la main », signifiant une quasi-absence de relief. Mais, pour les états-majors, ces deux bosses s’avéraient hauts lieux stratégiques et ils n’hésitèrent pas à y porter le fer et le feu en s’entêtant longuement. Ainsi, des quatre villages et du hameau ne survécurent que Souain et Minaucourt, en piteux état. Avant de lancer le 122e d’infanterie dans la tempête, d’autres régiments avaient été usés et avaient vu leurs effectifs « grignotés », selon l’euphémisme en vogue chez les vieilles ganaches décorées. Quand Joseph arriva sur la zone, le 81e d’infanterie de Montpellier était à pied d’œuvre depuis plusieurs jours. À son habitude, faisant appel à sa mémoire, il demanda aux camarades des nouvelles des Vendarguois de ce régiment. Il questionna les uns et les autres et en son for intérieur il se disait que si aucun Vendarguois n’était tué ou blessé, alors il passerait à travers les gouttes sans se mouiller. Tout en s’avouant la stupidité de son raisonnement, il s’en convainquait au fil des réponses. Puis, un fantassin au fort accent des faubourgs de Paris, enrégimenté dans une unité du sud du pays à sa grande surprise – les voix militaires sont quelquefois impénétrables – le héla :

            « Eh ! Trois-pommes ! Ton bled, c’est-y Vendargues ?...  Alors y a un péquenaud de chez toi qu’est clamsé à Beauséjour… »

            Avant que Joseph n’eût prononcé un seul mot, le faubourien enchaîna de sa voix éraillée par le tabac et le blanc sec.

            « Léon Aumond, dit Mom’Léon, dit Beau Léon, il a dérouillé, le pauv’ môme ! Les zigues d’en face lui ont mis la purée en plein buffet, son résiné qui dégoulinait à ne pas croire, j’ai vite aboulé et lui ai boni de pas se biler, qu’on le renverrait chez ses vioques, que son dabe serait fier de lui mais c’était pas un cave de môme, il a rien gobé de mes boniments ; alors, je l’ai pris dans mes abattis et lui ai jaspiné des mots de ratichons pour qu’il ait pas les foies à cause du grand saut, puis je lui ai fermé les chasses et j’ai décarré avec l’envie de tous les suriner, ces vaches ! Envoyer un môme de vingt berges à l’abattoir, c’est des coups à être cafardeux à vie… »

            Joseph apprit aussi du faubourien que Léon Aumond avait reçu ses blessures mortelles le cinq mars 1915. Joseph voulut désamorcer son pressentiment en se rabâchant que Léon Aumond, bien que citoyen de Vendargues, était né à Montfaucon dans le Gard et donc, lui, Joseph, demeurerait le trompe-la-mort de ce carnage.

            Le treize mars 1915, le 122e d’infanterie se jetait dans la mêlée. Il ne remplit ce jour-là aucun des objectifs assignés, ce n’était que partie remise pour les atteindre le lendemain. Joseph et ses camarades patientaient que l’ordre soit donné pour s’extraire de la tranchée et se ruer une fois encore sus à l’ennemi, ils avaient même hâte que l’heure vînt car rien ne les protégeait de la pluie d’obus qu’ils essuyaient. Il y eut un tir redoutablement précis et l’explosion de l’obus anéantit tout le groupe d’hommes dans lequel Joseph se trouvait. La parade qu’au fil des assauts Joseph avait mis au point, sa course effrénée hors des tranchées, plié en deux au ras du sol, profitant de son petit mètre cinquante-six sous la toise, ne lui fut d’aucune utilité : il mourut dans une tranchée de Beauséjour, mélangé à cette terre qu’il travaillait depuis son enfance et à ses frères d’armes, compagnons d’infortune.

 


 

            Le train ralentissait. Dans quelques minutes il marquerait l’étape par un bref arrêt à la gare de Vendargues. Auguste en descendrait mais nul ne l’attendrait, il n’avait prévenu personne de son arrivée. En son for intérieur, il ressentait un malaise qu’il ne parvenait pas à s’expliquer clairement. Il avait rejoint en novembre 1914 la 16e section d’infirmiers à Perpignan, heureux malgré tout d’éviter de s’impliquer directement dans le Massacre des Innocents. Puis, à l’hôpital militaire de Perpignan, il baigna dans la douleur des corps déchiquetés par l’absolue cruauté de tous les engins de mort et il vit les visages disparus des têtes sans figure, les corps démunis de bras et de jambes oubliés dans les déserts de feu, les pauvres hères dérivant vers les folles contrées où la déraison qui contrôlait leur esprit perdu les amenait.

            Auguste, au fil des jours, supportait mal d’être cantonné dans un service auxiliaire. Certes, il fallait des hommes au caractère bien trempé pour soigner sans défaillir ces gueules cassées, que la chirurgie faciale réparait en inventant au cas par cas cette nouvelle science avec sa technique et ses instruments. Car ce secteur inédit de la chirurgie devait progresser à une vitesse proportionnelle au nombre grandissant de visages écrabouillés, alimentant la pratique et l’expérience des praticiens. Il fallait des hommes ingénieux pour élaborer des formes, des articulations et adapter ces appareillages aux amputations ; et patients, de surcroît, pour rééduquer toute une génération de jeunes gens handicapés. Il fallait des hommes rompus à la condition humaine pour ne pas s’écœurer à la vue des plaies béantes en putréfaction, sans oublier les désagréables contingences naturelles.

            Auguste possédait le caractère des grands dévouements. Son destin l’obligeait à une fonction subalterne qui, avantage énorme, préservait son existence à la satisfaction de Louis-Marius et de Marguerite Reybaud, ses parents, et surtout de Françoise Fenoul sa fiancée. Cependant, à l’exemple de son frère Joseph, il souhaitait en découdre, ne voulant pas être le « planqué de l’arrière » ; et si ses capacités dans le maniement des armes s’avéraient insuffisantes, alors, à tout le moins, servir au plus près des combats pour manifester aux blessés sa sollicitude éclairée par ses rudiments sanitaires, sur le champ de bataille même ou dans quelques hôpitaux de campagne. Lorsque son capitaine donna satisfaction à ses vœux de partir au front, il s’en réjouit tout en imaginant la douleur des êtres chers au pays. Puis, quand dans le même entretien il fut informé de la mort de Joseph, il sentit le sol se dérober sous lui. Mais le comble du cynisme fut atteint plus loin dans le discours du capitaine, qui aimait s’écouter parler. Au détour d’une phrase, il déclara, sans en avoir pleinement conscience :

            « Soldat Gribal, ton frère a mérité de la nation ! Aussi, la mère patrie, dans sa grande mansuétude, a prévu ce cas de figure transcendant. Le geste noble qu’elle s’apprête à faire aura un écho inouï dans la reconnaissance des mérites de son cher fils, de ses chers enfants, devrais-je dire car tu t’en doutes, soldat Gribal, ton frère est un parmi d’autres, tous aussi héroïques et sublimes ».

            Auguste, déjà, s’était déconnecté du verbiage qui se voulait grandiloquent et qui, en définitive enrobait dans des mots en quête de remerciement, le secours de cent cinquante francs que l’État versait aux ayants droit sur avis de l’autorité militaire. Cent cinquante francs ! C’était bien assez pour ces modestes paysans à qui il était offert de mourir opportunément dans la gloire patriotique. Songez qu’en moyenne, la solde journalière du deuxième classe oscillait autour de soixante-quinze centimes.

 

            Lorsque l’heure du train approchait, le chef de gare de Vendargues en personne positionnait la barrière interdisant tout passage sur la route de Teyran, qui coupait la voie ferrée cent mètres avant la gare. Ensuite, revenu sur le quai, tel un feu-follet il allait et venait en tous sens, d’une concentration extrême, le bâton-signal aux vives couleurs rouge et blanc dans la main lui conférant la charge de la sécurité et de la direction, l’œil aux aguets, l’oreille attentive, sa fonction alors absorbait tous ses sens jusqu’à ce que le train fût passé. Sa tension dès lors retombait et il recouvrait sa sérénité. Dans un premier temps, il libérait la route de Teyran puis il s’en retournait vite à la gare, déverrouillait les portes, celle du quai et celle de l’entrée, qui conduisaient toutes deux, face à face, dans le minuscule hall où il s’occupait aussi, au guichet, de la vente des billets, des renseignements et des réclamations ; enfin, ultime opération, le contrôle des titres de transport des voyageurs qui arrivaient à destination.

Auguste présenta son billet avec réduction et la permission de congé.

            « Alors, Auguste, te voilà un peu au pays ? »

            Avant qu’Auguste ne bredouille une réponse, le chef de gare s’occupait du voyageur suivant.

 

 

 

                                                                Fin du livre premier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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